Bébé n'était pas un métier et je n'étais pas tout à fait à l'aise dans cette peau là. J'étais ce que moi, j'appelle un sceptique et les autres un casse-couilles.
En conséquence, je pris bien soin de cesser d'être un bébé le plus rapidement possible sans toutefois et dans la mesure du possible, le faire ressentir à mon entourage proche. Ça à parfois du bon d'être considéré comme irresponsable de ses actes et à sept ans quand on vient de dérouiller son cousin à coups de barre à mine ce n'est pas négligeable, il parait qu'il y a des preuves filmées, enfin ce que j'en dit moi, j'étais trop petit pour me rendre compte de ce que je faisais mais toutefois je n'en pensais pas moins.

Depuis que j'avais compris que pleurer m'apportait systématiquement du réconfort, j'avais fait de cet axiome ma loi principale pour la survie en milieu familial.
J'ai eu la malchance d'être malade trés tôt et trés souvent, bronchites à répétitions, asthme me faisant manquer 2 semaines de classes par mois en moyenne.

Cet état de fait eut sur ma vie certains effets non négligeables :

Tout d'abords me conforter dans l'idée que pleurer amène toujours le réconfort, qu'elle cruelle déconvenue quand je me rendis compte qu'il n'en étais pas du tout, mais pas du tout ainsi dans la vrai vie c'est à dire séparé de mon bout de moi maman, mais cela eut également comme effet secondaire un trait qui forgera ma personalité future: rester moyen en toutes choses, comme je n'assistais qu'à la moitié des cours de ma scolarité et bien qu'il faut l'admettre que je ne sois pas la moitié d'un imbécile je n'obtenais à mes devoirs, que plus ou moins la moyenne. L'année du bac d'ailleurs je m'arrétai à la moitié de l'année pour obtenir le diplôme avec tout juste la moyenne, au point prés, quelle précision !

J'en fis une philosophie et décidais qu'il ne fallait pas être bien malin pour dépenser son énergie au delà du minimum vital. Se préserver pour avancer, doucement, mais sûrement sans que les autres ne s'y attendent, pas même moi, c'est dire si je suis passé maitre dans l'art du camouflage!

Je me faisais une fierté de ne jamais succomber aux affres de l'excellence, à tourner à plein régime on roule toujours au taquet et on ne peut que casser le moteur sans se donner toute latitude pour donner de grand coups d'accélérateurs.

Moi, je tournais en sous-régime, conscient d'avoir de réelles possibilités mais ne les utilisant que trés rarement en des occasions spéciales, comme devenir un juriste d'exception tout les deux ans pour pouvoir attaquer mon patron aux prud'hommes ou bien inventer une façon efficace et rapide de réduire 1 mois de vaisselle en une dizaine de minutes de lavage ou bien encore m'imiscer à un poste dans lequel je n'ai que de vagues notions et ce dans l'unique but d'accroitre mon salaire afin de pouvoir acheter ma dose mensuelle de chocobons.

Quand trés tôt je compris que maman n'était pas un bout de moi, je n'eu de cesse de tenter de l'éduquer lui faisant entendre que je n'étais pas, enfin du moins plus un bout d'elle. Je crois que je n'y suis jamais parvenu, même si je la soupçonne aujourd'hui de me prêter ponctuellement une pensée autonome voire indépendante.
Dans ma course à l'autonomie précoce, j'oubliais malencontreusement de me laisser inculquer les bases essentielles de la vie telles que: faire la vaisselle plus régulièrement qu'une fois toute les quinze jours, dépenser moins de deux cent euros par mois en chocobons ou bien tenter d'occuper un emploi plus de deux ans d'affilés sans envoyer systématiquement mes patrons aux prud'hommes.