Dichotomies
Par Teo De Alma le samedi, mai 26 2007, 10:45 - Lien permanent
Dichotomies
Il y a
toujours eu des choix à faire, droite, gauche, voler, pas
voler, se mettre en colère, la réfréner, faire
du sport, ne pas en faire, non, oui.
Ce monde est binaire, aussi
finement que l'on puisse pousser le raisonnement nous n'avons le
choix qu'entre deux possibilités.
L'arbre des possibilités,
à chaque instant nous sommes face à un embranchement
pour lequel nous devons faire ce choix manichéen.
Parfois
il me semble que ma vie est un arbre touffue, j'entrevoie plusieurs
branches vers lesquelle j'aimerais aller parcequ'après une
fois le choix exécuté, mon devenir-chevalier, mon
devenir-expert, mon
devenir-usurpateur, mon devenir-homme ne seront plus les
mêmes, ces embranchements n'auront plus jamais existés
autrement que dans des devenirs irréalisés.
Voter,
pas voter, voter, droite, gauche, gauche, extrême-gauche,
droite, extrême-droite non blanc, non pas voter, gauche? Centre
?!?
Les
gens cherchent toujours la stabilité ne savent-ils pas qu'il
est engendré par le chaos ? chaos-stabilité, c'est ce
vers quoi nous tendons tous naturellement quoique nous fassions c'est
pour nous élever, chacun à son niveau, chacun selon ses
exigences et son contexte, mais oui, chaos/stabilité,
idéalement il ne peut y avoir d'entre deux, il faut que ça
soit l'un ou l'autre, un idéal irréalisable alors que
nous sommes toujours au milieu, entre vie-et mort le chemin est un
devenir en mouvement.
Il y a la naissance et il y a la mort, il
aura bien fallu qu'un jour nous soyons aux extrêmes ?
Qui a
cette expérience là? Qui se rappelle de ce moment de la
naissance ou celui de la mort? Elle, la naissance elle n'est pas dans
nos mémoire car à cet instant nous n'avons pas de
conscience, notre cerveau n'est qu'un devenir-cerveau, amas de
celulles en devenir-organique, elle, la mort nous la voyons
approcher, parfois mais nous ne sommes plus là pour dire: ça
y est, j'y suis.
Nous appellons expérience la vue d'ensemble de la vie, mais qu'elle vue d'ensemble? Celle d'un passé qui n'existe plus, nous apprenons tant de nouvelles choses de chaque présent successif parceque nous avons la faculté de mémoire et mieux nous avons la faculté d'écrire et de conserver cette mémoire sur du papier. Pourtant chaque mémoire est bien individuelle elle constitue un être distinct avec des choix personnels et même un monde à lui qu'il a élaboré au fil du temps dans sa tête et l'idée d'une mémoire collective est tout aussi utopique que celle d'une identité nationale, l'identité est le contraire du devenir, l'identité signifie que ce monde est mort qu'il a déjà tout vu et tout fait alors il a décidé de ne plus être en mouvement, de ne plus être en devenir.
L'idée même de la vie n'est elle pas celle d'une succession de présents juxtaposés alors que l'idée d'identité n'est qu'une plaque de marbre gravée.
Pour
l'instant je suis Français, c'est une de mes identité,
mais demain si je provoque un accident sur la route, si je tue
quelqu'un mon identité ne sera-t-elle pas celle d'un meurtrier
?
Si un jour je découvre à 35 ans que j'ai été
adopté et qu'en fait mes parents sont Italiens, mon identité
qu'elle sera-t-elle tout d'un coups, si soudainement, va-t-elle
brusquement changer ou bien va-t-elle s'enrichir au contraire ?
Alors
voter pour des extrêmes ? c'est pour moi comme la naissance et
la morts, deux idéaux sans doute, qui bornent la route d'un
devenir-politique toujours en mouvement.
Si, et si, oui car la vie
ne peut être figée, il y a toujours des choix qui
s'offrent à nous, des passages obligés, si, si, en
devenir dichotomique permanent.
0, 1, on off, aimer, détester? Rester indifférent? Peut-être, si rare, non, inexistant, à la fin il faut toujours faire un choix.
Notre
cerveau est structuré ainsi il ne sait faire que des choix
binaires tel un ordinateur, nous sommes toujours en confrontation,
nous avons besoin de comparer.
Avoir une vue d'ensemble d'une
situation implique que nous ayons déjà envisagé
tout les choix auparavant, il n'y a plus à réfléchir
car tout est déjà décidé, l'expert vit
dans un monde mort, glacé, le temps s'est arrêté
soudain, il ne se laisse plus la marge de la découverte, son
travail ne consiste finalement qu'à reconnaitre des
conformations.
Je ne suis pas un expert alors je suis devenu un
usurpateur, parceque dans ce monde seuls les experts sont respectés,
ils ont la belle vie, ils ne font pas des choix eux, ils savent déjà
à l'avance alors on leur fait confiance, ils ne peuvent se
permettre la fantaisie alors que moi oui.
Dans ma vie
professionnelle, je me vends comme un expert et on me garde parceque
je suis artiste, curieuse situation, non pas que je n'ai pas de vue
d'ensemble, à force de trainer dans les mêmes coins,
c'est inévitable on se fait sa propre opinion, on acquiert des
mécanismes reproductibles.
c'est comme ça que je suis devenu ingénieur informaticien, chef de projet, directeur technique avec un baccalauréat D en poche acquis à l'arrache et aucune méthodologie particulière autrement qu'une immense curiosité.
Je suis un réfractaire de l'éducation, on a cherché à remplir ma tête de force alors que moi je voulais comprendre. Quels sont les professeurs de mathématiques capable de faire comprendre les maths plutôt que de couiner à longueur de cours, apprenez les théorèmes et les axiomes appliquez les, vous ne pouvez pas vous tromper, une de ces profs m'a pris un jour à part et m'a conseillé d'aller me faire soigner chez un psy ! Me soigner de quoi au juste ? me soigner de mes cinq en math ? je suis un déviant pédagologique c'est ça que vous voulez dire ?
La
logique n'a que faire de l'éducation nationale, elle est une
institution qui possède et délivre le savoir, pas la
capacité de comprendre ou de se faire sa propre
opinion.
Spinoza a dit, Niestsche à dit, Rabelais a dit,
Aristote à dit, mais moi ce que je dis ne voulez vous pas
l'écouter ? Ah non je ne suis personne il est vrai, je ne suis
pas un expert car je ne sais rien, je n'ai pas fait mes preuves, je
le reconnais.
Alors je brûle les étapes, je me ferais
désormais passer pour un expert, ce qui me laissera le temps
d'apprendre et quand mes employeurs, mes amis, mon amie, ma famille
en seront au point de se demander s'il n'y a pas arnaque sur la
marchandise, et bien j'en saurais assez pour leur prouver le
contraire et mieux j'y apporterais des idées nouvelles, des
champs inexplorés, de nouvelles ouvertures, de la poésie.
J'ai toujours cherché à peupler mon âme plutôt que de la surcharger de tant de savoir qui n'est pas le mien, j'ai parcouru l'arbre, embranchement aprés embranchement et je suis désormais en son coeur parmis cette forêt de ramifications incertaines qui m'amènent vers tant de devenirs irréalisés, irréalisables, irréalistes? Je rêve éveillé.
Ma
force est de douter en permanence, contre l'avis des experts, celui
de ceux qui se sont déjà tellement trompés
qu'ils vous conseilleraient avec aplomb le meilleur chemin qu'ils
n'ont pas suivi, mais au moins, eux, ils savent.
A chaque instant
je me pose des questions, je me remet en cause, parceque je sais que
rien n'est stable, que demain la moitié de l'Europe pourrait
être innondée, que le sang pourrait à nouveau
déchirer cette terre, que la mort des êtres qui me sont
cher pourrait modifier instantanément mon devenir-humain.
Quand je ne me poserais plus de questions, que j'accepterais cet état de devenir comme état stable, je serais en paix avec moi même et avec ce monde que je découvre chaque matin emmerveillé. Je ne serais plus animal ou humain, noir ou blanc, riche ou pauvre, jeune ou vieux, expert ou usurpateur, je serais moi, enfin unifié de cette dichotomie qui chaque jour me déchire l'âme.

Commentaires
Etrange ce que tu écris. Il parait que les écrivains savent décrire les sentiments d'autrui. Me retrouve dans ces écrits qq part.