rencontre avec la mort
Par Teo De Alma le vendredi, mai 25 2007, 00:24 - Lien permanent
Je ne
sais pas quand j'ai pris conscience d'elle, c'était avant
celle de mon grand-père en tout cas, elle, la sienne, ma
première rencontre avec la mort, réelle, froide,
inéluctable.
Quand on me l'a annoncé, un matin, à
mon réveil, je savais exactement ce que cela signifiait,
j'avais 7 ans c'était le premier mai, une nuée de
clochettes blanches l'annonçait.
Je voulais le voir, comme
cela allongé dans ce divan dans lequel je m'étais
endormi si souvent aprés l'école attendant mes parents.
Je me
rappelle avoir été empli d'une grande tristesse, mais
elle ne me faisait pas peur encore, j'y avais réfléchi
depuis longtemps d'ailleurs, mais je n'avais pas été
confronté au cas pratique, définitif.
Je ne me suis
jamais posé la question s'il me manquerait une fois parti, il
étais là, comme un roc, il faisait parti en quelque
sorte de mon paysage immuable, il était comme une référence,
le père de ma mère, ça ne meurt pas un père,
ça reste là pour protéger ses enfants.
Il
parait qu'on attends ça d'un homme, d'être fort et de
protéger sa famille et au final, il part souvent en premier,
une vague histoire d'hormone, comme si notre vie était
chimique !
D'aussi loin que je me souvienne l'état de mort
m'a toujours intrigué, comme l'état de vie d'ailleurs,
en fait je pense que l'état de mort est naturel, c'est l'état
de vie qui ne l'est pas, il est donc impossible de mourrir puisque la
vie est surnaturelle.
Je suis né un jour et une conscience
a émergé, si ma mère avait connu un autre homme,
si il n'y avait pas eu Franco, serais-je né ou bien une autre
conscience que la mienne aurait pris ma place ?
Un individu né
et une conscience se forge, comment elle a pu ne jamais exister et
comment un jour elle n'existera plus ?
Il est nécessaire de
rester humble face à la vie, elle nous est donnée pour
un court instant, elle nous est reprise et nous n'avons plus jamais
existé autrement que dans les mémoires des gens qui
vont forcement y passer eux aussi comme les autres. S'il y a quelque
chose sur laquelle nous sommes égaux c'est bien celle là,
la mort doit être communiste alors que la vie est foncièrement
capitaliste, il faut se battre en permanence.
D'ailleurs c'est pour cette raison que mon grand-père
et sa famille, ma famille de nobles chevaliers a fui l'Espagne, à
cause du communisme ou l'anarchisme, non pas que lui fût
extrémiste, mais juste fréquenté les "mauvais"
amis lors d'une "mauvaise" réunion.
Je chante
dans ma tête la marche de Riego, l'hymne de l'Espagne
républicaine en sa mémoire. Je suis un chevalier oui,
mais je ne crois pas en la compétence héréditaire.
Vous allez me dire que je scie la branche sur laquelle je suis assis,
mais quitte à mourrir, je veux bien mourrir pour un monde
juste. Vous allez me dire alors encore une fois, oui mais c'est
facile, tu ne possèdes ni terre ni richesse léguées
par tes ancêtres et alors je vous répondrai que je les
en remercie de m'avoir fondu dans le peuple de ne m'avoir pas fait
plus que lui, ce que nous sommes tous avant que la civilisation de
l'homme n'ai changée la donne, car cela me permet de vivre ce
qu'il vit sans mirage qui m'en éloigne, nous sommes dans le même monde.
Il est toujours
plus difficile d'imaginer une vie différente de la sienne une
vague histoire d'expérience ou bien d'empathie.

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