Je ne sais pas quand j'ai pris conscience d'elle, c'était avant celle de mon grand-père en tout cas, elle, la sienne, ma première rencontre avec la mort, réelle, froide, inéluctable.
Quand on me l'a annoncé, un matin, à mon réveil, je savais exactement ce que cela signifiait, j'avais 7 ans c'était le premier mai, une nuée de clochettes blanches l'annonçait.
Je voulais le voir, comme cela allongé dans ce divan dans lequel je m'étais endormi si souvent aprés l'école attendant mes parents.

Je me rappelle avoir été empli d'une grande tristesse, mais elle ne me faisait pas peur encore, j'y avais réfléchi depuis longtemps d'ailleurs, mais je n'avais pas été confronté au cas pratique, définitif.
Je ne me suis jamais posé la question s'il me manquerait une fois parti, il étais là, comme un roc, il faisait parti en quelque sorte de mon paysage immuable, il était comme une référence, le père de ma mère, ça ne meurt pas un père, ça reste là pour protéger ses enfants.
Il parait qu'on attends ça d'un homme, d'être fort et de protéger sa famille et au final, il part souvent en premier, une vague histoire d'hormone, comme si notre vie était chimique !
D'aussi loin que je me souvienne l'état de mort m'a toujours intrigué, comme l'état de vie d'ailleurs, en fait je pense que l'état de mort est naturel, c'est l'état de vie qui ne l'est pas, il est donc impossible de mourrir puisque la vie est surnaturelle.
Je suis né un jour et une conscience a émergé, si ma mère avait connu un autre homme, si il n'y avait pas eu Franco, serais-je né ou bien une autre conscience que la mienne aurait pris ma place ?
Un individu né et une conscience se forge, comment elle a pu ne jamais exister et comment un jour elle n'existera plus ?
Il est nécessaire de rester humble face à la vie, elle nous est donnée pour un court instant, elle nous est reprise et nous n'avons plus jamais existé autrement que dans les mémoires des gens qui vont forcement y passer eux aussi comme les autres. S'il y a quelque chose sur laquelle nous sommes égaux c'est bien celle là, la mort doit être communiste alors que la vie est foncièrement capitaliste, il faut se battre en permanence.
D'ailleurs c'est pour cette raison que mon grand-père et sa famille, ma famille de nobles chevaliers a fui l'Espagne, à cause du communisme ou l'anarchisme, non pas que lui fût extrémiste, mais juste fréquenté les "mauvais" amis lors d'une "mauvaise" réunion.
Je chante dans ma tête la marche de Riego, l'hymne de l'Espagne républicaine en sa mémoire. Je suis un chevalier oui, mais je ne crois pas en la compétence héréditaire. Vous allez me dire que je scie la branche sur laquelle je suis assis, mais quitte à mourrir, je veux bien mourrir pour un monde juste. Vous allez me dire alors encore une fois, oui mais c'est facile, tu ne possèdes ni terre ni richesse léguées par tes ancêtres et alors je vous répondrai que je les en remercie de m'avoir fondu dans le peuple de ne m'avoir pas fait plus que lui, ce que nous sommes tous avant que la civilisation de l'homme n'ai changée la donne, car cela me permet de vivre ce qu'il vit sans mirage qui m'en éloigne, nous sommes dans le même monde.
Il est toujours plus difficile d'imaginer une vie différente de la sienne une vague histoire d'expérience ou bien d'empathie.